"Ma première photographie sera aussi la dernière"
A la frontière de l’intime et du collectif, du réel et de la fiction, mes travaux traitent de la mémoire, l’exil, l’ailleurs. Chacun d’eux explore, sur un territoire, la dimension du temps où coexistent toutes les époques, comme autant de couches stratigraphiques. Depuis les années 2010, je me consacre à des projets documentaires au long cours portant sur les mondes méditerranéens.
Je procède selon une méthode d’enquête sauvage, faite d’allers et retours entre intuition et réflexion, et nourrie à diverses sources : histoire, mythologie, philosophie, psychanalyse, arts, littérature, et mes obsessions.
Enfant, j’étais fasciné par la photo d’un oncle mort avant ma naissance. Ni ma mère ni ma grand-mère n’en avaient bouclé le deuil. Je passais des heures, absorbé, à rêver devant ce portrait. Le seuil des Enfers a ainsi été le lieu de mon enfance. Deux décennies et une dépression plus tard, je débutai conjointement la photographie et une analyse.
La photographie pour moi n’est pas le réel, qui échappe dans sa complexité. Mon approche, résolument plastique et subjective, tente de documenter l’expérience du monde, et de saisir ainsi quelque chose du réel. L’accès à celui-ci semble toujours passer par des mots et des images porteurs d’illusion. Mais il reste possible d’affirmer l’artifice, de jouer de la fiction, dans l’espoir d’accéder à quelque vérité.
Pour cela, la photographie ne me suffit plus. Ainsi je recoure à la vidéo, à l’écrit, à l’installation, pour construire des dispositifs d’expérience articulant des matériaux, voix et points de vue multiples, entrelaçant réel et fiction.
Ma démarche s’inscrit dans une famille de « matérialistes spirituels » (Perec, Pasolini, Godard, Willaume, Bourcart, d’Agata…) qui pratiquent le montage, l’hybridation, et parlent à la fois du monde, du sujet et du medium.