Longtemps, la photographie m'a paru semblable à l'expérience d’Orphée aux Enfers.
Le mythe d’Orphée nous conte l’histoire du poète dont la fiancée, Eurydice, meurt piquée par un serpent la veille de leur noces. Inconsolable, Orphée se rend aux Enfers, le lieu des morts. Là, il charme le gardien et les dieux par son chant, et obtient de ramener Eurydice aux monde des vivants. Il y a cependant une condition : il ne doit pas chercher à la regarder avant d’être revenu au jour. Mais alors qu’ils approchent du seuil, la chute d’une pierre le fait se retourner.
A l’instant même où Eurydice lui apparait, elle redevient une ombre qui s’efface et disparait. Orphée ne peut que tendre vainement la main pour la retenir. Regard qui ruine l’expérience et lui donne son sens. Retournement sur ce qui, en l’image comme en nous, au loin, du fond de l’absence, nous regarde.